Le pouvoir des Fables
Vous puis-je offrir une dernière fois ces quelques vers
S’ils ont parfois pu prendre un air de grandeur
S’ils ont pu être traités par vous de téméraires
Ce seront les derniers que vous lirez dans l’heure
Le village a choisi, le nombre a décidé
Il reste néanmoins en nous quelques idées
Vos oreilles quelquefois ont semblé s’offusquer
Mais il est nécessaire de parfois vous brusquer
Il me semble qu’on ne peut devenir léthargique
Quand certaines décisions peuvent s’avérer tragiques.
Laissez-moi vous conter cette petite histoire
Soyez encore une fois toute ouïe mon oratoire
Dans Couzon autrefois peuple vain et léger,
Un orateur voyant son village en danger
Courut à la tribune et d’un art tyrannique
Voulant forcer les cœurs dans une république
Il parla fortement sur le commun salut
On ne l’écoutait pas, l’orateur recourut
A tous les artifices, tonna, dit ce qu’il put
Le vent emporta tout et personne ne s’émut
Il semblait que personne ne daignait l’écouter
Tous regardaient ailleurs, il en vit s’arrêter
A des combats d’enfants, et point à ses paroles
Se peut-il que les gens soient donc aussi frivoles ?
Que fit le harangueur ? Il prit un autre tour
Coco, commença t-il faisait voyage un jour,
Avec pour compagnon l’anguille et l’hirondelle
Un fleuve les arrête, et l’anguille en nageant
Et bien entendu, l’hirondelle en volant,
Le traversa bientôt. L’assemblée à l’instant
Cria tout d’une voix et Coco que fit-elle ?
Que ne demandez-vous ce que le Renard fait ?
A ce reproche l’assemblée va se réveiller
Pour voir ce qu’il faut faire pour pouvoir travailler
Ils écoutent enfin ce que leur dit l’orateur
Et c’est un trait de fable qui en eut cet honneur
Nous sommes tous de Couzon en ce point et moi-même
Au moment où j’écris cette petite histoire
Si Peau d’Ane m’était conté je vous prie de croire
Que j’y prendrais certainement un plaisir extrême
Le monde est vieux, dit-on, je le crois cependant
Il le faut amuser encore comme un enfant.